Deux panneaux de l'Hôtel de Lunas au musée Fabre
À la découverte d'un décor unique du XVIIIe siècle
D’avril à octobre 2026, le musée Fabre expose les deux panneaux laqués des mois de Février et d’Octobre, provenant de l’hôtel de Lunas, situé à Montpellier. Ce dépôt exceptionnel proposé par le Centre des Monuments Nationaux (CMN), propriétaire du monument, permet au public de découvrir la restauration de ces panneaux, premiers témoignages connus de la technique du vernis Martin et seul ensemble de décor porté encore conservé in situ.
Le musée Fabre a saisi cette occasion pour présenter une sélection d’œuvres témoignant de l’essor des arts décoratifs au XVIIIe siècle, entre Paris et Montpellier, dans un contexte marqué par la fascination pour l’Orient.
Le décor de la salle de bal de l’hôtel de Lunas
Situé près de la porte du Peyrou, l’hôtel de Lunas est édifié à partir de 1671 contre les fortifications de la ville de Montpellier, sur une parcelle appartenant à la famille Hébrard. En 1707, le bâtiment racheté par Henri Bosc (1684-1707), conseiller à la cour des comptes, connaît une grande campagne d’agrandissement et d’embellissement. Une nouvelle aile est construite sur rue et jardin pour accueillir, au premier étage, une vaste galerie. Douze panneaux de bois décorés de vernis Martin et à la feuille d’or sont installés pour orner cette grande salle, en alternance avec des baies (côté jardin) et de hautes glaces.
La distribution de la galerie est modifiée en profondeur au milieu du XIXe siècle suivant le vœu de son propriétaire Félix Sabatier, et est transformée en une enfilade de pièces abritant l’appartement des époux Sabatier. Si certains panneaux en vernis Martin sont repositionnés à leur emplacement d’origine (comme c’est le cas pour les mois de février et d’octobre), une grande partie est déplacée sur les cloisons qui redécoupent l’espace.
Parmi ces douze panneaux illustrant les mois de l’année, deux ont déjà fait l'objet d'une restauration par le CMN :
- Février est consacré aux plaisirs de l’hiver dont la danse. Au registre supérieur deux personnages de la Commedia dell’arte esquissent un pas de danse, encadrés par deux bustes de fou en gaine. Au centre sous un dais encadré de figures féminines en terme, un couple de danseurs évolue sur une petite plateforme. Le registre suivant est centré sur une tête de femme voilée d’où partent des filets qui se déploient. Au bas de la composition, un médaillon ovale accueille la figure d’un fou jouant du tambour.
- Octobre est dédié à la chasse. En partie haute plane un rapace et divers oiseaux surmontant la scène centrale composée d’un chasseur soufflant dans son cor, entouré d’une meute de chiens. Au-dessous est suspendu un trophée composé d’une tête de cerf, de cors de chasse et d’une pièce de gibier posée sur une sorte de plateau, le tout encadré par deux termes masculins avec cor de chasse et portant à bout de bras des paniers chargés de lapins. Le dernier registre est organisé autour de deux lances entrecroisées chargées de filets auxquels est suspendu un panier contenant une tête de sanglier. Comme tous panneaux de grotesques caractéristiques de ce début du XVIIIe siècle, la composition obéit à une rigoureuse symétrie déployée selon un axe médian et de chaque ornement en découle un autre.
Crédit photos : Salomé Pagès, musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole