Les rencontres des Amis du musée Fabre
(Auditorium du musée Fabre de 18h30 à 20h)
Programme 2026-2027
La fabrique de l'art : ateliers, attributions, commanditaires et collectionneurs
Mardi 8 décembre 2026
Une collection à son image ? Alfred Bruyas, collectionneur, commanditaire, modèle, par Lyne Penet, docteure en histoire de l’art, élève conservatrice du patrimoine.
Alfred Bruyas ne fut pas seulement un collectionneur : il fut aussi un interlocuteur, un commanditaire et souvent le modèle des artistes dont il réunissait les œuvres. De Delacroix à Courbet, il entretint avec eux des relations qui contribuèrent à façonner sa collection autant que l’image qu’il souhaitait donner de lui-même. Les portraits qu’il commanda ne sont ainsi qu’un élément d’un ensemble plus vaste : lettres, photographies et textes participent aussi à la construction de cette figure du collectionneur. Il confia par exemple à Théophile Silvestre, critique d’art et biographe d’artistes, le soin de commenter sa collection, la soumettant ainsi à un nouveau regard et à une nouvelle interprétation. La conférence montrera comment les portraits de Bruyas se sont fabriqués au-delà de l’atelier, dans un système de relations entre artistes, modèle, collectionneur et critiques, et comment leur réunion au sein de la collection a contribué à construire, par la succession des regards, le portrait d’un collectionneur.
Mardi 15 décembre 2026
L’Hérodiade de Montpellier, une énigme héritée du cercle de Vouet, par Matthieu Fantoni, conservateur du patrimoine au musée Fabre de Montpellier
En avant-première de l’ouverture de l’exposition d’hiver du musée Fabre, nous explorerons la production du peintre Simon Vouet (1590-1649), acteur central et encore trop méconnu de l’histoire de l’art français. À partir du tableau phare de l’exposition, l'Hérodiade de Montpellier, nous revisiterons la carrière de cet artiste prolifique qui sut s’entourer de collaborateurs talentueux et forma de très nombreux élèves. Les qualités sociales et la dimension « collective » de l’œuvre de Vouet n’ont-elles pas, paradoxalement, contribué à son éclipse auprès du grand public, en faveur de figures plus conformes à l’idéal romantique du génie solitaire ? Ses créations n’ont-elles pas été noyées dans une production d’atelier plus inégale ? Nous étudierons ces questions en le confrontant notamment à son grand rival, Nicolas Poussin.
Mardi 12 janvier 2027
Ymagiers de Bourgogne. La sculpture au temps des ducs, par Lola Fontbertasse, conservatrice du patrimoine, responsable des collections médiévales des musées de Dijon
Produit d’un dense réseau d’artistes et de commanditaires, la sculpture connaît en Bourgogne un développement exceptionnel au XVe siècle. Depuis longtemps considérée comme l’un des grands foyers de la sculpture européenne de la fin du Moyen Âge, elle est aujourd’hui réinterrogée grâce aux recherches récentes menées dans le cadre du programme « Grandduché » de l’Université de Bourgogne et du musée du Louvre. Cette conférence, en lien avec l’exposition qui se tiendra de juin à octobre 2027 au musée des Beaux-Arts de Dijon, proposera un parcours à travers les grandes figures des ateliers ducaux, de Jean de Marville à Antoine Le Moiturier, tout en les confrontant à d’autres artistes et centres de production du duché. Elle permettra d’aborder la question de la fabrique de cet art : évolution des styles tout au long du XVe siècle, circulation des modèles, matériaux et polychromie, activité des ateliers, mais aussi la place déterminante des commanditaires dans l’essor de ce « grand atelier » bourguignon de la fin du Moyen Âge.
Mardi 2 février 2027
Les « Magistri Comacini » : mythe et réalité de la fabrique de l’œuvre architecturale du Xe au XVIIe siècle, par Bernard Blandin, Directeur de recherche CESI émérite
Au début du XXe siècle, l’architecte et historien catalan Josep Puig i Cadafalch attribuait l’homogénéité apparente du « premier art roman », de l’Italie à la Catalogne en passant par la Bourgogne, à l’importation, dans toute l’Europe, des savoir-faire de maîtres maçons originaires des rives du lac de Côme, les « Magistri Comacini ». Depuis, les historiens ont montré que la réalité était plus complexe, mais que des maîtres lombards ont effectivement contribué, de diverses manières, à la construction de nombreux édifices civils et religieux dans différentes régions d’Europe au moins jusqu’au XVIIe siècle.
Après un aperçu du « premier art roman » et un état des controverses historiques, la conférence présentera la fabrique de l’œuvre architecturale, qui a peu évolué depuis l’époque romaine. Elle repose sur des métiers, des compétences, ainsi que sur une organisation rigoureuse du chantier, de l’implantation des machines au séquencement des ouvrages et des activités, documentée par des comptes comme par des miniatures.
Mardi 23 mars 2027
Reconstruire la ville après le séisme : la création collective à Gibellina (Sicile) dans les années 1980, par Chiara Vitali, conservatrice du patrimoine au musée Fabre, collections XXe - XXIe
En 1968, le tremblement de terre de la vallée du Belice détruit complètement la ville de Gibellina, en Sicile. Au fil des années 1970, la reconstruction avance lentement, pendant que les habitants attendent dans des campements de fortune, où ils resteront, pour la plupart, pendant une longue décennie. La ville est reconstruite à des kilomètres de distance, en suivant un plan d’urbanisme choisi par l’État sans consulter les citoyens. Dans cette situation de rupture traumatique – avec son chez soi, ses traditions, ses modes de vie d’avant le séisme – l’art devient une façon de créer du lien, à la fois avec la nouvelle ville et entre les citoyens. L’élan de solidarité artistique qui suit ces événements amène des artistes de renommée internationale – entre autres, Alighiero Boetti, Joseph Beuys, Carla Accardi, Alberto Burri – à venir sur place et proposer des projets avec les habitants et les artisans de Gibellina. La collaboration entre les artistes et le tissu social et culturel local, à travers des productions collaboratives, des rites et des performances, est au cœur de cette intervention.
Mardi 27 avril 2027
Objets d’art, objets précaires, par Patricia Touboul, MCF en esthétique et philosophie de l’art, Université Paul Valéry Montpellier
La fabrication des œuvres d’art, en dehors du rôle qu’y joue l’artiste, implique une chaîne d’acteurs où chacun forme un maillon indispensable, y compris pour les œuvres dont on pense généralement qu’elles sont les produits de sujets solitaires. Questionnant le statut ontologique de l’œuvre d’art, plusieurs courants philosophiques et sociologiques ont montré que celle-ci n’existait pas encore dans l’objet achevé mais que, pour devenir telle, un nouveau parcours procédural, d’« adoubement » (Danto) s’imposait, faisant intervenir collectionneurs, critiques d’art, galeristes, éditeurs, et dans lequel la part du hasard n’était pas absente. À ce parcours il faut ajouter celui qui précède le projet artistique, où la volonté de l’artiste s’inscrit, ici aussi, à l’intérieur d’un jeu d’intentions, d’influences et d’occasions. Ces parcours seront illustrés par différents cas — dont celui, exemplaire à plus d’un titre, de la colonnade du Louvre commandée par Louis XIV — qui montreront combien la naissance des œuvres, leur persistance et l’attrait qu’elles exercent reposent le plus souvent sur une conjonction de facteurs pour le moins contingents
Mardi 18 mai 2027
La vie dans les ateliers d'artistes, par Monique Morestin, professeure agrégée d’histoire
Loin d’être le lieu de production d’un artiste isolé, l’atelier a été, et reste souvent encore un espace où plusieurs personnes s’activent en préparant le matériel, en participant à la création d’une œuvre. Bien sûr, à la tête de ce petit monde, il y a l’artiste qui dirige, donne des directives. Il est fréquemment un passeur dispensant son enseignement à de plus jeunes. Les visiteurs (curieux, amis, commanditaires) viennent apporter une autre sorte d’animation à ce lieu qui bruisse de toutes ces interactions.
*Entrée libre dans la limite des places disponibles